vendredi 24 novembre 2017

Ethno-psychiatrie d'Henri Ellenberger

Ethno-psychiatrie

Henri Ellenberger

Édition critique présentée par Emmanuel Delille


ENS Éditions
parution 2017
serie Sociétés, espaces, temps
pages 308
isbn 978-2-84788-931-4


L’« Ethno-psychiatrie » d’Henri Ellenberger est la première synthèse de langue française sur cette discipline hybride située entre psychiatrie et ethnologie, qui s’est développée après-guerre à la fin des empires coloniaux et qui a connu un succès foudroyant ces dernières décennies.
Ce corpus présente un grand intérêt du point de vue de l’histoire des sciences humaines et sociales. D’une part, il constitue un cas d’étude de circulation des savoirs entre la France et l’Amérique du Nord, puisqu’il a été rédigé à Montréal dans un milieu académique anglophone par un médecin et chercheur formé à Paris. D’autre part, il permet d’interroger le moment de transition entre la médecine coloniale et les pratiques contemporaines de l’ethnopsychiatrie en métropole avec
des migrants. Cette nouvelle édition en trois parties s’ouvre par une présentation générale qui resitue les sources dans le contexte des savoirs de l’époque, en mettant l’accent sur les acteurs et les réseaux savants, entre médecine, psychologie et sciences sociales, dans une perspective historique. Le texte original est quant à lui reproduit à l’identique et annoté. Enfin un choix d’archives inédites est proposé, dont un enseignement délivré au Canada et un échange épistolaire avec Georges Devereux.
Emmanuel Delille est historien. Chercheur associé au Centre Marc Bloch (Université Humboldt, Berlin) et au CAPHES (ENS-Paris), il a travaillé en France, en Allemagne, au Japon et au Canada. Il a reçu le Pivnicki Award (Université McGill) en 2014 pour sa recherche sur l’histoire de la psychiatrie culturelle. Ses travaux portent sur l’histoire de la santé, de la psychiatrie et des réseaux intellectuels.

Les humanités médicales

Humanités médicales : fictions, représentations, témoignages


Colloque 


Paris
Sorbonne Nouvelle / Université Paris Descartes
Du 30 novembre au 2 décembre 2018


Organisation : Alain Schaffner et Patrizia D’Andrea
Contact : Patrizia D’Andrea, mail : patrizia.dandrea@univ-paris3.fr

Les progrès de la médecine ne peuvent faire l’économie de la place du patient dans l'organisation des soins. Cette problématique traitée lors de ce colloque organisé par le pôle HALL de USPC réunira philosophe, médecins, sociologues et psychologues ou encore de nouvelles disciplines comme la médecine narrative. C'est dans ce cadre disciplinaire élargi que sera traitée cette question importante de la souffrance et de la solitude du patient face aux soins qu'on lui délivre.

Confronté à une situation médicale difficile, le patient se retrouve souvent seul devant sa souffrance : ne sachant vers qui se tourner, il cherche désespérément à donner du sens à ce qui lui arrive. Le médecin, l’infirmier, les personnels hospitaliers dans leur ensemble sont de leur côté, malgré leur savoir, désarmés face à des patients avec lesquels ils communiquent finalement assez peu. Journaux intimes, notes de consultations, lettres, récits ou romans autobiographiques, mais aussi documentaires, films ou séries sur le monde hospitalier en attestent, mettant en relief tantôt le point de vue du patient tantôt le point de vue des soignants. Les témoignages recueillis dans le cadre d’enquêtes ou dans des associations de patients, les blogs et même les œuvres d’art à valeur thérapeutique viennent compléter la gamme des témoignages, fictions ou représentations de la maladie qui nous sont proposés aujourd’hui, et qui gagnent aussi à être appréhendés dans une perspective historique. Il faut y ajouter les campagnes d’information et de communication autour des risques sanitaires et sociaux après les grands scandales auxquels nous avons été confrontés.

Les réflexions sur l’éthique médicale menées à partir des années 70, ont ouvert un vaste de champ de recherche appelé « Humanités médicales », qui prend acte du fait que les progrès de la médecine ne peuvent faire l’économie de la place du patient et de son « monde silencieux » (Jay Katz) dans l’organisation du soin. La philosophie, l’histoire de la médecine, la sociologie, la psychologie, la psychanalyse, et de nouvelles disciplines comme la « médecine narrative » (Rita Charon) se sont penchées sur les situations médicales et sont désormais mobilisées dans le cadre de la formation des médecins. Ce colloque a pour but de développer dans le cadre élargi de l’Université Sorbonne Paris Cité, la réflexion pluridisciplinaire, déjà fructueusement entamée sous d’autres angles dans le cadre du séminaire « Humanités médicales » de « La Personne en médecine ». On y examinera le monde médical et la situation de soin — du point de vue des sciences humaines et sociales, sur le double plan de la recherche et de l’enseignement — en mettant l’accent sur les fictions, représentations et témoignages qui en rendent compte ainsi que sur leur dimension éthique et esthétique.



Jeudi 30 novembre
SORBONNE NOUVELLE / salle Bourjac

Matinée : Littérature et médecine

9h30 Ouverture du colloque : Carle Bonafous-Murat, président de l’université Sorbonne Nouvelle et Jean-Louis Chiss responsable du pôle HALL de USPC.

Accueil des intervenants par Patrizia D’Andrea et Alain Schaffner, organisateurs du colloque.

9h45 Alexandre Wenger (Université de Genève), « "Il faut humaniser les médecins". De quelques malentendus sur le rôle des littéraires en médecine »

10h30 Régis Tettamanzi (Université de Nantes), « François Salières, un médecin contre les écrivains ? »

11h15 Pause café

11h30 Claire Crignon (Paris-Sorbonne) et Juliette Ferry (doctorante Paris-Sorbonne), « La collection d'anatomie-pathologique Dupuytren : un objet pour les humanités médicales ? »

12h15 Pierre-Louis Patoine (Sorbonne Nouvelle), « Littérature, expérience psychédélique et néolibéralisme. Impacts physiologiques et écologiques de la lecture immersive. L'exemple de Des Anges mineurs d'Antoine Volodine »

13h00 Déjeuner

Après- midi : Cinéma/théâtre

14h30 Céline Lefève (UMR SPHERE, Paris-Diderot, « La Personne en médecine »), « Soin au cinéma, soin du cinéma. Quelques réflexions sur l’enseignement de la philosophie aux étudiants de médecine à l’aide du cinéma »

15h15 Patricia-Laure Thivat (CNRS/UMR THALIM) « L’Éveil (Awakenings), un film de Penny Marshall, avec Robin Williams et Robert de Niro. L’art de la médecine »

16h Pause café

16h30 Maria de Jesus Cabral (Université de Lisbonne), « Le je/u de la parole ou le théâtre comme laboratoire pour l’éthique médicale »

17h15 Patrizia D’Andrea (Sorbonne Nouvelle), « Sur le seuil de l’inhumanité. Autour du film De sas en sas(2017) de Rachida Brakni »

Dîner libre


Vendredi 1er décembre
UNIVERSITE PARIS DESCARTES / salle du Conseil de l’Ecole de médecine

Matinée : Témoignages et récits de malades

9h15 Accueil par Christian Hervé (Laboratoire d’Ethique médicale)

9h30 Laurent Visier (Université de Montpellier), « Témoignages de patients. De quels patients s’agit-il? »

10h15 Micheline Louis-Courvoisier (Université de Genève) La valeur « contagieuse » des récits de malades : pour qui, pourquoi et dans quelles conditions ?

11h Pause café

11h30, Laurence Corroy (Sorbonne Nouvelle) et Emilie Roche (Sorbonne Nouvelle), « Représentation du pédiatre et de son patient dans la presse magazine »

12h30 Déjeuner


Après-midi : Histoire des représentations de la médecine

14h30 Paul-André Rosental (Institut d’Etudes Politiques de Paris), «Médecins, patients et sociologues face aux effets pathogènes du surempoussièrement»

15h15 Sophie Vasset (Paris-Diderot) « La question de la stérilité au XVIIIe siècle »

16h00 Pause

16h30 Jocelyne Arquembourg (Sorbonne Nouvelle), « Un monde sans antibiotiques: l'usage de la peur dans les discours apocalyptiques sur l'antibiorésistance, une approche pragmatiste ».

17h15 Laurence Monnais (Université de Montréal), « La parole est aux “déviants” : Perspectives historiennes sur le pluralisme thérapeutique et les refus de la vaccination »

20h : dîner du colloque


Samedi 2 décembre
UNIVERSITE PARIS DESCARTES / salle du Conseil de l’Ecole de médecine

Matinée : Histoire de la maladie et représentations du soin

9h15 Accueil

9h30 Jean-Jacques Courtine (Leverhulme Trust Visiting Professor, Queen Mary, University of London), « La folie à Paris. L'infirmerie spéciale de la Préfecture de Police (1875-1900) »

10h15 Anaëlle Touboul (docteur Sorbonne Nouvelle), « La folie en héritage : récits filiaux de la maladie mentale. Gwenaëlle Aubry, Martine de Rabaudy, Delphine de Vigan »

11h00 Pause café

11h30 Alain Schaffner (Sorbonne Nouvelle CNRS/UMR THALIM), « Un cas d'euthanasie en littérature : la mort d'Oscar Thibault »

12h15 Marie Gaille (CNRS UMR SPHERE), « Médecine palliative, médecine par défaut ? À partir des récits d'Hervé Guibert ».

12h30 : Buffet de clôture du colloque

jeudi 23 novembre 2017

Les animaux dans la construction de la médecine contemporaine

Animals and the Shaping of Modern Medicine. One Health and its Histories

Woods, A., Bresalier, M., Cassidy, A., Mason Dentinger, R.

Palgrave Macmillan
2018
ISBN 978-3-319-64336-6



This book breaks new ground by situating animals and their diseases at the very heart of modern medicine. In demonstrating their historical significance as subjects and shapers of medicine, it offers important insights into past animal lives, and reveals that what we think of as ‘human’ medicine was in fact deeply zoological.

Each chapter analyses an important episode in which animals changed and were changed by medicine. Ranging across the animal inhabitants of Britain’s zoos, sick sheep on Scottish farms, unproductive livestock in developing countries, and the tapeworms of California and Beirut, they illuminate the multi-species dimensions of modern medicine and its rich historical connections with biology, zoology, agriculture and veterinary medicine. The modern movement for One Health – whose history is also analyzed – is therefore revealed as just the latest attempt to improve health by working across species and disciplines.

This book will appeal to historians of animals, science and medicine, to those involved in the promotion and practice of One Health today.

Penser l’histoire des sciences médicales avec l’animal

Partenaires particuliers ?  Penser l’histoire des sciences médicales avec l’animal (19e-21e siècles)

Journée d’études 

Jeudi 30 novembre 2017
Salle de colloque de l’IUHMSP, Lausanne
 

L’histoire de la place des animaux dans la médecine contemporaine a longtemps surtout été abordée sous l’angle de l’instrumentalisation et de la souffrance. Après Claude Bernard, qui présenta l’expérimentation animale comme un dispositif essentiel à l’essor de la « science médicale », la médecine n’aurait ainsi fait qu’accentuer, en pratique et en discours, les lignes du « grand partage » instauré par la culture occidentale entre les êtres humains et les autres espèces animales.
Dans la lignée du renouveau de l’histoire animale et sans pour autant nier ces aspects incontournables de ségrégation utilitariste du corps des bêtes, les spécialistes d’histoire des sciences ont toutefois récemment cherché à explorer d’autres aspects du lien entre médecine et animaux. Les médecins n’ont en effet pas toujours traité les animaux en matériaux d’expériences. Ils ont aussi cherché à penser avec eux. Dès le 19e siècle, la médecine a produit des figures de savants qui, y compris dans les laboratoires et le cadre expérimental, ont articulé très diversement la question de l’animalité.
Les animaux ont ainsi certes été perçus comme des cobayes, mais aussi comme des collaborateurs de recherche, des consommateurs de produits pharmaceutiques, voire des patients redevables d’une relation de soin.
Cette journée d’études vise à présenter un panorama de ces nouvelles recherches et à interroger, de façon plurielle, ce que la médecine fait à l’animal et réciproquement : Comment les animaux ont-ils influencé la construction des pratiques et des savoirs médicaux ? Quels statuts leur ont été assignés en médecine, sous quelles formes et dans quels espaces disciplinaires ? Quelles (més)ententes se sont opérées entre médecine humaine et médecine vétérinaire depuis le 19e siècle ? Réunissant des historien -n-e-s, mais aussi des philosophes et des praticien-n-e-s, l’événement sera l’occasion de réfléchir, au-delà des frontières disciplinaires, aux défis méthodologiques qui s’ouvrent dès lors qu’on entend penser avec ou comme des rats.
 
MATINÉE
9h
Accueil
9h30 Frédéric Vagneron (Institut für Biomedizinische Ethik und Medizingeschichte, Université de Zürich) : présentation de la journée
 
1.Les sciences psy et l’animal
Présidence : Nicolas Zaslawski (Université de Lausanne)
9h45 Rémy Amouroux (IP, Université de Lausanne) et Aude Fauvel (IUHMSP-CHUV/Unil)
Des chiens alcooliques aux dauphins thérapeutes: les variations du bestiaire des sciences du psychisme du 19e siècle à nos jours
 
10h50 Pause
 
2. Médecine humaine et médecine vétérinaire : enjeux et obstacles d’une histoire croisée
Présidence : Beat Bächi (Institut für Medizingeschichte, Université de Berne)
 
11h Frédéric Vagneron (IBME, Université de Zürich)
One Health, One Medicine : quand les institutions internationales se saisissent d’un enjeu sanitaire
mondial

 
11h40  Delphine Berdah (GHDSO, Université Paris Sud)
Des antibiotiques à n’importe quel prix ? Sécurité sociale, antibiorésistances et alimentation animale en France après 1945
 
12h30 Pause repas

APRÈS MIDI
3. Quels modèles animaux pour quelle médecine ?
Présidence : Françoise Schenk (Université de Lausanne)
 
14h Nicholas Stücklin (Université de Lausanne)
A quoi servent les pères? Rongeurs, infanticide et scripts de paternité, 1957-1971
 
14h40 Lucie Gerber (Département d'histoire des sciences de la vie et de la santé, Université de Strasbourg)
De l'animal de laboratoire au modèle comportemental du vieillissement humain : apprendre à interroger la cognition du microcèbe
 
15h20 Pause
4. Conférence-débat avec Vinciane Despret
Présidence :Francesco Panese (IUHMSP, CHUV-Unil & SSP-Unil)
 
15h30 Vinciane Despret (Université de Liège)
Penser comme un rat : réflexions et... épilogue ?(titre provisoire)
 
16h30 Table ronde et conclusion

mercredi 22 novembre 2017

Le corps dans l'asile victorien


Investigating the Body in the Victorian Asylum. Doctors, Patients, and Practices


Jennifer Wallis

Open Access Book
Palgrave Macmillan
978-3-319-56713-6

This book explores how the body was investigated in the late nineteenth-century asylum in Britain. As more and more Victorian asylum doctors looked to the bodily fabric to reveal the ‘truth’ of mental disease, a whole host of techniques and technologies were brought to bear upon the patient's body. These practices encompassed the clinical and the pathological, from testing the patient's reflexes to dissecting the brain.

Investigating the Body in the Victorian Asylum takes a unique approach to the topic, conducting a chapter-by-chapter dissection of the body. It considers how asylum doctors viewed and investigated the skin, muscles, bones, brain, and bodily fluids. The book demonstrates the importance of the body in nineteenth-century psychiatry as well as how the asylum functioned as a site of research, and will be of value to historians of psychiatry, the body, and scientific practice.

Conférences de la Société montpellieraine d'histoire de la médecine

Conférences de la Société montpellieraine d'histoire de la médecine

Programme 2017-2018

Les réunions se tiennent le Vendredi à 18h dans le Theatrum Anatomicum de la Faculté de Médecine, 2 rue École de Médecine. Accès libre.

13 Octobre 2017. Professeur Daniel Jarry
Rondelet, premier médecin naturaliste de Montpellier.

10 Novembre 2017. Docteur Etienne Cuenant
Histoire de la pensée médicale au travers de l’urologie.

8 Décembre 2017. Professeur Annie Lamboley
L’évolution dans le temps du droit de la Procréation Médicalement assistée (PMA).

12 Janvier 2018. Professeur Eric Delaporte
Histoire de l’épidémie de HIV.

9 Février 2018. Professeur François Bonnel, Docteur Antoine Faix
L’oeuvre de Lapeyronie.

9 Mars 2018. Professeur Jean-Pierre Dedet
Sauts épistémologiques et révolutions dans l'histoire de la médecine.

13 Avril 2018. Madame Vernet
Une brève histoire de la médecine romaine.

18 Mai 2018. Professeur Pierre-Olivier Methot (Université Laval, Québec)
Hervé Harant et l'écologie médicale à Montpellier.

8 Juin 2016. Professeur Francis Blotman
Petite histoire d’une maladie royale: la goutte.

Contact: histoiredelamedecine@yahoo.fr

mardi 21 novembre 2017

Histoire de la psychiatrie

Histoire de la psychiatrie
 
Jacques Hochmann 

Presses universitaires de France
Collection: Que sais-je ?
Date de parution: 11/10/2017



S’il y a toujours eu des réponses sociales à la folie, la psychiatrie ne se constitue véritablement comme «?médecine spéciale?» qu’au début du XIXe siècle. En retraçant l’histoire de la psychiatrie en France depuis Philippe Pinel jusqu’à nos jours, cet ouvrage explore les changements de la pratique et les différentes théories de cette discipline. Il montre comment celle-ci n’a cessé d’évoluer, partagée entre la volonté d’isoler les causes de la folie et la réalité de la prise en charge des patients, entre les apports psychanalytiques et l’apparition de médicaments, entre une clinique quotidienne et les critiques de la société sur son fonctionnement.

L'histoire des institutions disciplinaires.

Entre les murs, hors les murs. Revisiter l’histoire des institutions disciplinaires.


Séminaire de recherche du GRID (Groupe de recherche sur les institutions disciplinaires)



2017-2018 : Mobilités. Entrées, sorties et transferts des institutions

Centre d’histoire du XIXe siècle, 17 rue de la Sorbonne, escalier C, 3e étage, salle Fossier,

un mercredi par mois de 17h à 20h.


Séminaire organisé par le Centre d’histoire du XIXe siècle et le LARHRA, avec le soutien du Centre d’histoire de Sciences Po.

Coordination : Elsa Génard (Centre d’histoire du XIXe siècle - elsa.genard@gmail.com ), Anatole Le Bras (Centre d’histoire de Sciences Po – anatole.lebras@sciencespo.fr ), Mathieu Marly (IRHIS – mathieumarly@orange.fr ), Paul Marquis (Centre d’histoire de Sciences Po – paul.marquis@sciencespo.fr), Mathilde Rossigneux-Méheust (LARHRA, chercheuse associée au Centre d’histoire du XIXe siècle – mathildemeheust@yahoo.fr), Lola Zappi (Centre d’histoire de Sciences Po – lola.zappi@gmail.com).

Depuis cinquante ans, la focale institutionnelle constitue une entrée essentielle pour les historiens du social et de l’État. Ainsi les spécialistes de la pénalité, de la médecine, de l’éducation, de l’armée, de l’assistance ont-ils posé les grands jalons d’une histoire de la prise en charge des individus à l’époque contemporaine, de la naissance à la mort. Cette histoire riche et inventive reste cependant tributaire des lignes de partage fondées sur la finalité de chaque espace institutionnel. 
Les murs des institutions, en délimitant des fonds d’archives, ont aussi circonscrit des champs historiographiques et des types de questionnement dont il est parfois complexe de sortir. D’une part, la nécessité, invoquée à juste titre, de connaître les espaces institutionnels de l’intérieur a eu pour effet de reléguer au second plan les entreprises comparatives ou croisées. D’autre part, la faible intensité des débats entre les historiens des institutions disciplinaires n'a jusqu'à présent pas permis de décloisonner les réflexions et d'aller au-delà des controverses intra-institutionnelles – et ce, bien que l’historiographie ne cesse de relativiser le caractère fermé des institutions. Cela a pu conduire à perdre de vue que l’école, l’hôpital, la prison, l'asile, l'hospice ou encore la caserne s’inscrivent dans une histoire commune : celle des institutions qui organisent les existences et forgent des parcours et expériences individuels.

Caractérisées par un système de lieux, de règles et d’acteurs, les institutions seront définies, dans le cadre de ce séminaire, comme des dispositifs mais surtout comme des espaces de vie collective conçus pour encadrer tout ou partie des activités et besoins quotidiens des individus dont ils ont la charge. Malgré les différences importantes entre la durée des prises en charge, le degré d’ouverture des espaces et la finalité des différentes institutions dont il sera question cette année, le principe de ce séminaire est de mettre en résonance les formes modernes d'encadrement des populations en reprenant la longue liste des institutions disciplinaires de Michel Foucault – non pas pour la figer mais pour continuer à interroger la pertinence d’un tel rapprochement. L’objectif est donc de tisser des liens entre des organisations ne présentant pas des homologies de fonctionnement parfaites.

Afin de ne pas s’en tenir au seul prisme institutionnel, la démarche retenue est donc double : saisir les populations instituées dans une histoire sociale qui dépasse celle des institutions, et faire entrer en résonance l’étude d’institutions variées en identifiant et en comparant des structures de prises en charge collective des individus. En déplaçant les points d’observation, le séminaire « Entre les murs, hors les murs » cherche à proposer un cadre de réflexion multi-institutionnel, interinstitutionnel mais aussi extra-institutionnel. Que lit, que voit, que comprend le chercheur spécialiste d’une institution lorsqu’il la regarde du dehors, de côté, ou à l’interface avec ce qui l’environne ?

Pour cette première année, nous souhaitons que le séminaire se concentre sur les « mobilités institutionnelles ». Ce choix repose sur un constat qui frustre sans cesse l’historien-ne : les archives institutionnelles ne nous donnent accès aux individus que très transitoirement. Or, le séjour en institution n’est qu’une étape d’un parcours plus long, en amont comme en aval. L’étude des trajectoires biographiques révèle bien souvent la diversité des types de prise en charge au cours d’une vie, ainsi qu’une mobilité plus grande que ne le laisse supposer l’étude statique des populations instituées. L'analyse interne des institutions invisibilise par ailleurs la pluralité des processus de triage, qui constituent de formidables révélateurs du fonctionnement des institutions et du statut des individus pris en charge.

Deux pistes de réflexions peuvent dès lors être explorées. La première concerne tous les lieux et tous les moments de connexion entre les institutions et les univers sociaux d'où proviennent les individus, à savoir les entrées, les sorties, les procédures de recrutement, d'enregistrement ou d'internement, ainsi que l’ensemble des rituels qui y sont associés. La deuxième se rapporte aux mobilités en elles-mêmes, c'est-à-dire aux hommes et aux femmes qui circulent, de manière choisie ou contrainte. Quels mécanismes président à ces mobilités et circulations ? Et comment s’articulent les logiques administratives et les stratégies individuelles ?

Dans cette perspective, une attention particulière sera portée à l’étude des transferts et des « populations limites » que constituent par exemple les condamnés irresponsables acceptés avec réticence à l'asile, les élèves indisciplinés qui vont d’établissement en établissement, les agités ne trouvant pas leur place dans les salles d'hôpital, les séniles devenus tranquilles placés à l'hospice, ou encore les enfants handicapés vieillissants, trop âgés pour rester dans les structures qui les ont vus grandir... À travers l'étude du traitement social de l'enfance, de la vieillesse, de la folie, de la déviance ou de la maladie, il s'agira donc de mieux comprendre la place qu'occupent les institutions dans les trajectoires individuelles, et plus généralement dans l'économie de la prise en charge des personnes à l'époque contemporaine.


Programme 2017-2018

Séance 1 : Mercredi 29 novembre 2017 : Placements et arbitrages.

Anatole Le Bras (Centre d’Histoire de Sciences Po) : « L'antichambre de l'asile : procédures d'identification et de tri des malades mentaux à l'hôpital, l'hospice, la prison et au Dépôt de la Préfecture de police (seconde moitié du XIXe siècle) »

Julien Bourdais (CMH, ENS-EHESS) : « De la médecine à plusieurs vitesses aux filières de soin. Comment saisir la hiérarchie des mobilités institutionnelles en psychiatrie hospitalière ? »

Séance 2 : Mercredi 14 février 2018 : Transferts inter-institutionnels.

Clément Collard (Centre d’Histoire de Sciences Po) : "Les écoles de rééducation professionnelle pour mutilés de guerre : des institutions hybrides et transitoires, entre caserne, hôpital et usine (1915-1940)"

Elsa Génard (Centre d’histoire du XIXe siècle, Paris 1 Panthéon Sorbonne) : « La prison, un carrefour institutionnel ? Les mobilités institutionnelles entre prison, armée, asile et hôpital (fin XIXe siècle – années 1930, France) »

Séance 3 : Mercredi 28 mars 2018 : Transferts intra-institutionnels.

Jérôme Krop (Laboratoire CREHS, université d’Artois) : « La mobilité des enseignants de la première génération des instituteurs et institutrices de la IIIe République dans la Seine : un reflet de la structuration du champ de l'enseignement primaire (1870 - années 1920) »

Mathieu Marly (IHRIS, Lille III) et Lionel Kesztenbaum (INED) : « Les mobilités inter-armes dans l’armée française durant la Première Guerre mondiale »

Séance 4 : Mercredi 11 avril 2018 : Expériences de la mobilité.

Jeanne Moisand (Centre d’histoire du XIXe siècle, Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : « Entre l'arsenal, les navires et le bagne : mobilités entre institutions d'un port militaire en révolution (Carthagène, 1873) ».

Lola Zappi (Centre d’Histoire de Sciences Po) : « Des trajectoires composites : les assistantes sociales face aux circulations intra et extra-institutionnelles des jeunes ‘’difficiles’’, Paris, entre deux- guerres »

Séance 5 : Mercredi 16 mai 2018 : Sorties institutionnelles.

Xavier de Larminat (CUREJ, Université de Rouen) : « Parcours individuels et carrefours institutionnels. Le rôle des agents de probation dans les processus de désengagement délinquant »

Paul Marquis (Centre d’Histoire de Sciences Po) : « Sortir de l'asile, guérir de la folie ? Stratégies et négociations autour des sorties des malades dans un hôpital psychiatrique colonial (Algérie, 1933 – 1963) »

Séance 6 : Mercredi 20 juin 2018 : Populations mobiles.

Mathilde Rossigneux-Méheust (LARHRA, Lyon 2) : « De l’asile à l’hospice, de l’hospice à l’asile (fin XIXe siècle-second XXe siècles) : expériences de glissements et trajectoires institutionnelles chaotiques à l’âge de la vieillesse ».

Véronique Fau-Vincenti (EHESS) : « De Charybde en Scylla : itinéraires de patients médicolégaux ayant transité en service de sûreté psychiatrique (1910-1960) ».